5 octobre 2010

HISTOIRE D'ARCHITECTURE | LA FLEXIBILITE DE L'ARCHITECTURE SELON REM KOOLHAAS



Introduction à la flexibilité

Les humains sont des créatures flexibles. Nous bougeons à notre gré, manipulons les objets et agissons dans des environnements très varié. Il était un temps _ en terme d’évolution cela ne fait pas très longtemps _ où notre existence dépendait de notre capacité de mouvement et d’adaptabilité. En fait, c’est à cela que nous devons la survie de notre espèce. Aujourd’hui, dans la plupart des cultures, on mène une vie plutôt sédentaire, mais il se pourrait que la flexibilité soit à nouveau une priorité dans le développement humain et que les changements techniques, sociaux et économiques nous obligent, ou tout du moins nous encourage, à une nouvelle forme d’existence nomade. La modernisation, les nouveaux moyens de communications aussi bien que les préoccupations environnementales remettent en question la notion de bâtiments inamovibles et pérennes. Dans un monde en mutation, l’architecte doit épouser son temps. D’où une recherche de flexibilité et d’adaptation aux nouveaux modes d’habiter comme aux nouveaux usages.

Par leur fonction, leur fonctionnement ou leur emplacement les bâtiments flexibles visent à réagir à des changements de situation. C’est une architecture qui s’adapte au lieu de stagner, transforme plutôt qu’elle ne limite, est motrice plutôt que statique, interagit avec ces utilisateurs plutôt que de les restreindre à une utilisation prédéfinie. Analyser comment elle est conçue, dessinée, faite et utilisée nous permet de comprendre sa capacité à résoudre les problèmes actuels et futurs, liés aux évolutions techniques, sociales et économique.
Nous nous intéresseront donc à la démarche d’un architecte en particulier : Rem Koolhaas. A travers deux de ces projets, nous allons étudier la façon dont il se sert du plan libre et de la circulation continue pour créer une certaine flexibilité.


Rem Koolhass
Rem Koolhaas est né le 17 novembre 1944 à Rotterdam au Pays bas. Après des débuts dans le journalisme, il étudia à l’ « Architectural association » de Londres. Il s’est fait connaître pour son ouvrage « Delirious New York » sur la création à postériori de Manhattan. Il créa ensuite sa propre agence OMA (Office for Metropolitan Architecture) en 1975 puis le bureau de recherche AMO. Il publia aussi le très célèbre S,M,L,XL.
Les deux projets présentés ici sont :
Le Kunsthal de Rotterdam au pays bas réalisé en 1992.
Les deux bibliothèques pour l’université de Jussieu. Projet élaboré en 1992, mais non réalisé.
Avant de commencer la présentation et l’analyse de ces projets il semble intéressant de rappeler ce qu’est un plan libre pour Rem Koolhaas.



Plan libre

Le plan libre est une des innovations des bâtiments de bureaux américains conçus à Chicago puis à New York, dans le dernier quart du 19ème siècle. Ses éléments constitutifs sont : structure (poteau/poutres/dalle), noyau et façade. La principale qualité d’un plan libre est de procuré la plus grande flexibilité et de permettre des recompositions multiples. D’un point de vue architectural, il produit un espace amorphe et indéterminé qui se caractérise par sa neutralité.

Pour Rem Koolhaas sa neutralité enregistre les performances, événements mouvements, changements, accumulations, soustractions, disparitions, mutations, fluctuations, oscillations, déformations. En soi le plan libre n’as pas de programme, il est le lieu potentiel des programmes. C’est donc un plan qui se définit par les qualités qu’il n’as pas ; par ce qu’il permet et non par ce qu’il est ; sa qualité est d’être sans qualité, générique, sans parcours, sans articulations, ni séquences spatiales.

La flexibilité dans le concept du plan libre est ce qui permet de ne plus considérer la nécessité de décider avec précision de chaque placement.



Le Kunsthal

Le site est situé au nord du parc du musée Boymans, à Rotterdam au Pays-Bas.
Le programme était de créer l’entrée principale par le parc. Ensuite un cheminement devait couper le bâtiment en deux pour rejoindre le parc à la digue de la voie rapide (6m plus haut). Tout cela, ajouté à la nécessité de créer une contrevoie pour le service, rendait difficile la connections des deux partie principales.
Ce bâtiment devait contenir des espaces d’expositions pouvant être séparé les uns des autres créant ainsi soit une seule exposition sur toute la surface soit 5 expositions différentes.
La difficulté résidait donc dans cette dualité : la continuité muséale (que réclamais un tel programme d’exposition) et la rupture imposer par l’environnement urbain. Tout c’est résolu quand Rem Koolhaas a imaginé que l’ensemble accueil et auditorium pouvait basculer en sens inverse de la rampe du cheminement public. L’accès s’opérant à mi pente, à l’endroit ou les rampes s’intersectent. On pouvait ainsi enrouler autour de l’axe centrale une spirale de circulation continues internes qui le franchirait soit par-dessus soit par-dessous. Créant ainsi cette continuité souhaitée par un circuit enroulé sur lui-même au sein d’un bâtiment qui ne l’autorise apparemment pas : un cube éclaté en 4 parties inégales par deux routes qui se croisent.

Les trois halls d’exposition sont de construction simple (poteaux dalles) ce qui en fait des espaces élaborés est en fait la lumière auquel ils s’exposent. Une lumière changeante tantôt crue tantôt diffuse qui en fait des espaces intérieurs polymorphes.


On voit ici deux aspects d’une flexibilité.

Dans un premier temps on peut constater que le programme imposait une grande flexibilité. La difficulté était de relier toutes les exigences de ce programme. Rem Koolhaas à opter pour un système basé sur la circulation. Il a en effet créé à l’intérieur même de l’espace du bâtiment deux systèmes de circulation (l’un public et extérieur, l’autre interne au bâtiment). Par le moyen de plateau, de rampes et de plan incliner ces deux systèmes se croisent et s’interpénètre créant ainsi différentes possibilité d’usage de ce bâtiment. En effet on peut simplement le traversé sans jamais le pénétrer pour arriver sur la digue. On peut entrer, au niveau du parc, dans le café, puis passer au niveau de la voie rapide, en entrant dans le premier hall d’exposition qui est relié au reste du bâtiment par le système interne de circulation. Il est aussi possible en empruntant la rampe qui mène à la digue d’arrive au second niveau et donc d’accéder à l’entrée principale du bâtiment. Il y a encore de multiple façon d’entrer, de traverser, de visiter ce bâtiment. Rem Koolhaas a donc trouvé ici, à traves cette grande pluralité de parcours, le moyen de répondre à une nécessité de flexibilité.
Dans un deuxième temps, on peut voir que Rem Koolhaas utilise le système de plan libre dans ces espaces d’expositions (poteau/dalles). Cela lui permet de donner une grande flexibilité à ces espaces. En effet leur totale absence de murs, de cloisons permet à la scénographie de s’adapter à tout type d’exposition. Il se sert ici du plan libre dans sa plus simple expression puisqu’il laisse le soin au musée de s’approprier ces espaces, de les modifier, de les métamorphoser. On pourrait alors croire que les espaces sont encore totalement à créer, sans qualité. Cependant Rem Koolhaas intègre la lumière à ces espaces, et tout d'un coup ils prennent tout leur sens. Certaines fois attirantes d’autre fois plus inquiétante ou reposante la lumière fait vivre ces halls d’exposition. Elle interagie avec ce bâtiment, le rendant lui-même flexible à son environnement extérieur.


Jussieu
Koolhaas sait que le type de construction qu’est une bibliothèque, est de plus en plus remis en cause par la multitude des taches qui lui incombe aujourd’hui comparer à son rôle traditionnel de simple ressource unique de livres. La nécessité d’être une réserve d’information répondant à toutes les formes de médias a abouti à des plans libres insipides, qui permettent la flexibilité de demandes changeantes, mais aussi à des espaces déterminés par les rayonnages et les terminaux d’ordinateur. La démarche des deux bibliothèques de Jussieu est la création d’un réseau tridimensionnel et non pas d’un simple bâtiment.
L’espace public extérieur existant est jugé déficient : étendu, dispersé, sans force d’attraction. Le projet ce propose de régénérer la densité, redéfinir l’espace public par la construction de nouveaux bâtiments de la bibliothèque. C’est un bâtiment compact : un minimum de volume pour un maximum de fonctions.
Rem Koolhaas a présenté dans ce projet une manipulation d'une structure spatiale statique et un mouvement dynamique (rampe) pour créer un flux continu et une vue en constante évolution sur le chemin de circulation à l'intérieur du bâtiment. La rampe qui contient le flux de circulation dans tout le bâtiment devient un «boulevard intérieur plié» qui se superpose avec les places, café et boutiques. Ces espaces du programme, les plateformes, sont ensuite définies par découpage de la surface pliée, et leur dépliage ; on empile les plateformes, créant ainsi des volumes. Le bâtiment est donc conçu comme un grand boulevard urbain intérieur. L’espace public extérieur s’infiltre et devient espace d’accueil, il se développe ensuite sur la hauteur du volume. Les espaces du programme se placent le long de cette rue intérieure comme des bâtiments dans un tissu urbain. Ce boulevard plié ne sert plus seulement à circuler, mais aussi à exposer, entreposer et relier les programmes entre eux.
Le système de structure est une forêt de poteaux. La surface découpée se déplie le long de ces colonnes.
Ce projet est particulièrement intéressant par la démarche dialectique de la structure statique (plan libre) et la dynamique du mouvement (circulation). C'est-à-dire par deux formes de flexibilité qui se complètent.

Rem Koolhas utilise une nouvelle fois la circulation comme élément flexible, la faisant traverser tout son bâtiment de manière continue. De plus il n’existe pas à proprement parler de séparation entre les différents éléments du programme et la circulation. L’interconnexion de la circulation et des différents espaces de la bibliothèque permettent de circuler très librement d’un endroit à l’autre. C’est cette liberté de circulation qui, tout comme dans le Kunsthal permet une grande flexibilité des usages. En définitive la sensation que la circulation se déploie, se déforme, se transforme, et devient elle-même des éléments du programme, permet de se rapprocher de l’utilisation très varié auquel doit faire fasse une bibliothèque.


C’est en fait le système structurel en plan libre qui permet à Rem Koolhaas de donner autant de liberté à l’utilisateur. En effet aucun éléments programmatique n’a de place prédéfinis par la structure. Les espaces sont seulement définis par leurs usages et leurs interactions souhaitées avec les autres. Ici rem koolhaas utilise le système de plan libre sur l’ensemble du bâtiment. Il en fait en fait un atout pour la conception. Sans cette condition de départ la circulation n’aurait pas pu être aussi libre et donc permettre autant de possibilité. En outre le plan libre donne aussi la possibilité de modifier la disposition des espaces, mais aussi leurs usages si le besoins se fait sentir.



Conclusion
Rem Koolhaas à essayer de créer deux bâtiments flexibles. Il utilise pour cela deux systèmes qui se complètent. Dans ces deux aperçus, la flexibilité revêt deux aspects. Dans un premier temps on a remarqué que le soin apporté à la conception de la circulation autant pour le Kunsthal que pour les bibliothèques de Jussieu permet une liberté de mouvement pour les usagers. Dans un deuxième temps le plan libre est utilisé dans les deux projets. Cependant dans le Kunsthal il est seulement utiliser dans la conception des halls d’expositions alors que dans les bibliothèques c’est tout le bâtiment qui est conçus en plan libre. Même si rem koolhaas utilise les deux même procédé pour ces deux projets, ils ne prennent pas la même importance. Pour le Kunsthal c’est la diversité de cheminement possible qui est à la base de la flexibilité du bâtiment. Pour les bibliothèques c’est au contraire le plan libre qui permet cette liberté de circulation et la flexibilité des espaces.


A travers ce travail on a pu voir à quel point la flexibilité permet au bâtiment de s’adapter pour répondre à un programme ou à de nouveaux usages. Cependant, il existe encore certaines construction qui sont expressément conçues pour éviter la flexibilité et fixent un schéma d’usage précis. Les bâtiments religieux, administratif, les tribunaux en sont un exemple type. C’est ainsi que la permanence de l’institution et du rituel peut prendre le pas sur l’ouverture.
La flexibilité peut-elle être un élément de toutes les architectures. Ce type de bâtiment peut-il s’orienter vers un système beaucoup plus souple ? Le doit-il effectivement ?



Références :
- Flexible : une architecture pour répondre au changement, de R. Kronenburg, 2008.
- Degree essay, de E.Jaquier, étudiant en architecture de Montpellier, 2005.
- Architecture d’Aujourd’hui n°286, 04/1993.
- A+U n°287, 08/2004.
- Rem Koolhaas, Boyut Yayin Grubu, 2001.





Ecrit par : Marine C.

2 commentaires:

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